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Voici un discours écrit par Kandide "sur commande"
Le "commanditaire" a voulu qu'il soit "orienté sexe".
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LE DISCOURS
Il y a 40 ans que tu es parmi nous. Il y a 40 ans, tu apparaissais pour la première fois. Il y a 40 ans, déjà préoccupé par ton confort, tu faisais une arrivée par le siège. Et aujourd’hui, 40
ans plus tard, tu pourrais te dire, déjà 40 ans, les outrages du temps qui frappent à la porte, des arrondis qui s’accentuent, les angles qui s’émoussent, un désintérêt
pour ce qui se trémousse... Non, non, je vous rassure, ce n’était que pour une rime provocante. Mais comme me l’a confié Karine, ton épouse, il faut être vigilant, une baisse de tension est
toujours possible.
Il y a donc 40 ans, nous étions en 1970. Tu es, de peu passé à côté de 69, mais tu as toujours été prêt à te vieillir d’un an pour faire plaisir. Il y a 40 ans tu étais tout petit et, si j’en
crois la sage-femme, tout était en proportion. Chez tout homme normalement constitué, et ce d’après une étude menée auprès, très près, de 10 000 hommes, la proportion communément admise est de
1/8ème. Donc Eric, tu mesures combien ? Tu convertis en centimètres et tu divises par 8. Ce qui nous donne...Vu la grimace de déception que je peux lire sur le visage de Karine, le compte n’y est
manifestement pas. Apparemment, Karine n’est pas la seule déçue du lot. Pour te consoler, te rassurer mon petit Eric, sache d’une part que les mesures ont été prises en pleine éruption et il
s’agit plutôt d’éruption africaine. Quoi qu’il en soit, même si elles demeurent souvent cachées, tu as d’autres qualités. Comme tu aimes à le dire comme tout bon bricoleur, il ne suffit pas
d’avoir une perceuse à percussion, encore faut-il savoir s’en servir et avoir quelque chose à percuter.
Donc, après ta naissance, comme tout un chacun tu vas grandir et ce dans le respect de proportions qui te sont personnelles. Comme beaucoup de garçons de ta catégorie, tu procéderas à diverses
initiations. Tu renonceras assez rapidement à emprunter certaines voies, qui faute de visibilité, te sembleront être des culs-de-sac. Tu y reviendras quelques années plus tard mais dans un
contexte mixte. De façon assez classique, tu débuteras par la conduite manuelle avant de passer à l’automatique qui a l’avantage de laisser les mains libres. Ce qui ne t’empêchera pas, les jours
de grande solitude ou faute de temps, de revenir à cette bonne vieille conduite manuelle qui n’est pas sans charme. Je ne vais pas passer en revue l’ensemble des expériences et autres
expérimentations qui ont jusqu’ici jalonnées ta vie, d’autant que tu m’as instamment demandé d’en passer certaines sous silence.
Quoi qu’il en soit, tu as réussi à trouver chaussure, de chantier, à ton pied. Comme tu le dis souvent, « Karine, elle est si douce, elle est si fine, toute ma vie j’aimerai Karine ». Même si tu
vas piocher ton inspiration ailleurs, il est indéniable que tu as une âme de poète. Comme le dit si justement Séverine, tu es un poète de terrain. Tu aimes creuser, faire ton trou. Ainsi que me
le faisait remarquer Aurore tu es en quelque sorte le Rocco Siffredi du terrassement, si ce n’est, qu’à regret ou pas, tu creuses toujours le même trou. Si je me réfère
aux nombreux témoignages de ton époque pré-nuptiale, tu n’y allais pas avec le dos du godet. Tu étais plutôt le Bouygues de l’amour, creusant à la pelleteuse, vite
fait, plus ou moins bien fait, négligeant les finitions et partant sans reboucher. Et puis tu as rencontré Karine, tu sais « si douce, si fine ». Elle t’a appris, qu’il n’était pas toujours utile
de se lancer dans le terrassement, le forage de grande profondeur, que faire jaillir le pétrole à tout prix n’était pas forcément source d’extase. Pour l’extase, elle était prête à patienter.
D’ailleurs, elle patienta. Elle te parla des jardins japonais pour lesquels une simple caresse de l’outil faisait naître le ravissement des sens. Elle te raconta les lacs des montagnes que le
simple souffle du vent fait vibrer. Petit à petit, Karine, prenant son temps, puisant dans ses ressources inépuisables de patience, fit pénétrer en toi la subtilité charnelle, te fit comprendre
qu’elle n’était pas réceptive à ces tranchées rectilignes creusées à la va vite, qu’elle préférait les surprises des jardins à l’anglaise à la monotonie de ceux à la française. Alors, finissant
par comprendre, tu remisas la pelleteuse et du fond du cabanon, et, souvenir de ta période hésitation, tu extirpas ta pelle. Après une reprise en main, somme toute rapide, c’est avec délicatesse
et attention que tu te mis à creuser. Ce n’était plus des coups de pelle, mais des caresses, des effleurements. Plutôt que de te précipiter, de t’acharner sur un sol sec, tu appris les
préliminaires qui font pleuvoir, cette pluie qui rend la terre accueillante, chaude et odorante. Tu as découvert que, comme il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour trouver le bonheur, il
n’est pas utile d’aller profond pour découvrir le plaisir. Il est vrai que tu gardes la nostalgie de la Liebher 900 à chenille qu’à l’occasion Karine t’autorise à
ressortir quand il y a urgence. Tu te demandes comment je le sais ? Je constate que Karine a parfois la démarche hésitante de la femme qui s’est faite terrasser. Voilà comment de tâcheron tu es
devenu orfèvre, adepte des finitions, de cette petite touche qui change tout. Tu as fini par apprendre à choisir le bon outil. Avec Karine, tu as pris une autre dimension.
Car si tu n'as longtemps creusé que pour le plaisir, à force de cultiver un amour profond, de l'union de la pelle et de la terre va émerger une pépite, ou plutôt un pépito puisqu'il sera muni de
son manche de pelle et de ses deux sacoches à outils, comme papa. C'est pourquoi, comme promis, comme tu nous l'a supplié, nous allons te refaire ta fête au faîte de ta fierté de mâle.
Mais comme tous le savent, mon cher Eric, ta vie ne se résume pas à une pelle, même si elle est belle, c’est du moins ce qui se dit, aux façons diverses et variées de s’en servir. Comme le dit si
finement Caroline, tu n’es pas qu’un manche. Même si il ne saute pas aux yeux au premier abord, nous avons découvert et apprécié ton charme. De pierre brute que tu étais, Karine sut, taille après
taille, te transformer en diamant pour révéler tes multiples facettes. Quand je dis nous, je parle des tatasses, dont je suis le cinquième élément. dévoreuses que nous sommes, nous savons
pourtant qu’à l’abri dans ton écrin, jamais nos bouches chaudes et humides ne pourront te croquer. Mais cela ne nous empêche pas de passer et repasser sans nous lasser devant la vitrine
qu’éclaire l’amour de Karine pour faire briller tes 40 facettes.